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RECITS DES VOYAGES LE VOYAGE GALERE

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LE VOYAGE GALERE
 
Le voyage est synonyme de découverte et de changement du quotidien. C’est vrai pour tout voyage d’agrément.
Néanmoins, ces agréments présentent parfois des goûts amers. Les services de sécurité ainsi que la police des airs et des frontières soumettent le voyageur à des contraintes de sécurité draconiennes qui lui font vivre des aventures dont il pourrait bien se passer.
Voici donc le récit de l’Aventure que j’ai vécue du départ de France, pendant la traversée méditerranéenne et à l’arrivée en Algérie. 
 
LE DEPART :
 
Jeudi 13 juillet 2006, 9 h 30 min, j’arrive au port autonome de Marseille.
Le Navire « LE CORSE » de la compagnie française SNCM, est attendu à quai en direction d’Annaba (Algérie) à 11 h 30 min. Je me dirige vers le guichet d’enregistrement.
En échange du billet, l’hôtesse me donne la carte d’accès et le Nº de ma cabine.
Je lis : chambre 216 pont 5.
— Pardon Melle, j’ai payé pour une cabine et non pas une couchette !
— Non Mr, c’est écrit cabine, mais le Nº que vous avez, correspond à une couchette de 4 lits. Si vous avez une réclamation à formuler, adressez-vous donc à l’agence qui vous a délivré le billet.
— Je retourne à l’agence à 300 Km de là, alors que mon bateau lève l’encre dans 2 heures ? C’est ça. Bref au point où j’en suis… cabine ou couchette ?
 
La salle d’attente « La Provence » est pleine de monde, les centaines de chaises mises à disposition des passagers ne suffisent plus. En effet dans cette salle d’attente, il y a ceux qui partent pour Alger, Tunis et nous pour Annaba.
Hommes, femmes, et enfants allongés à même le sol, des pleurs des bébés, et des cris des gens compose ce concert vacarme.
 
Des bouches d’aération et la climatisation fixées au plafond semblent ne pas fonctionner suffisamment, on transpire beaucoup. Toute la surface de cette salle est occupée y compris le couloir de sortie. Je n’arrête pas à demander pardon en enjambant des personnes assises ou dormaient parterre.
Un spectacle désolant, pour quelqu’un qui, comme moi voulait faire une mini croisière méditerranéenne. Il est vrai que le bateau, c’est la première fois que je le prends depuis plus de dix ans.
 
Les annonces au micro, par l’hôtesse de cette gare maritime, n’ont rien de rassurant
- « Ding dong… Votre attention S.V.P., conformément à la loi, il est formellement interdit de fumer dans l’enceinte de la gare.
Soyez vigilants aux pickpockets.
Tout bagage abandonné est immédiatement détruit.
Nous informons les passagers pour Annaba que le Navire, le Corse aura un retard de 3 heures.
 Merci de votre compréhension, nous vous souhaitons bon voyage ».
 
Voilà qui commence bien, je me présente devant le guichet des renseignements pour m’informer de ce retard.
L’hôtesse, débordée, ne savait pas quoi répondre. Elle jette un coup d’œil sur son écran PC, qui ne lui donne guère plus d’informations que celles déjà en ma possession, mais elle fait quand même des efforts pour me répondre.
 
-         Le bateau est parti en retard d’Algérie, on y est pour rien.
-         OK Melle, mais ce bateau est à quai ici depuis midi.
-         Oui, c’est pour votre confort, il faut bien le nettoyer et le réapprovisionner et cela prendra du temps.
-         Merci Miss! Je retourne à la salle d’attente.
 
Aux quais sont amarrés 4 bateaux : le TASSILI II pour Alger, LE CARTHAGE pour Tunis, l’ÎLE DE BEAUTE pour Bejaia et LE CORSE pour Annaba.
 
Une heure plus tard, en plus des annonces habituelles, l’hôtesse informe les passagers d’Annaba que le bateau aura un retard supplémentaire de 3 heures et cette fois-ci, pour des raisons techniques.
Le port de Marseille est en travaux, la chaleur devient insoutenable, il faut que je sorte de cette salle.
Devant moi une dame septuagénaire, assise entre 4 gros bagages dont le plus petit pèse environs 80 Kg (deux fois son poids). Je me demande comment a-t-elle fait pour arriver ici avec ce fardeau et pourquoi cette souffrance à son âge ? Je la regarde avec peine. 
À ma droite, un monsieur, la soixantaine passée, me semble habitué à ces voyages galères. Il parle haut et fort, et raconte à qui veut bien l’entendre, ses histoires de voyages. Il connaît tout, les agents de la P.A.F, les douanes et même les fonctionnaires du port. C’est le bureau des renseignements ambulant.
 
Je trouve en lui, la solution à mon problème de surveillance. Je peux lui confier ma valise et sortir en ville sans crainte. Je n’ai eu aucune peine à engager la conversation avec lui :
      -    Vous voyagez beaucoup n'est-ce pas ?
-         Moi ? mais je connais l’Algérie mieux que toi.
-         Ça se voit !
-         Et Annaba, tu es parti par Annaba ? me dit-il.
-         Non, c’est la première fois.
-         Eh bien ! écoute-moi… Le voilà parti dans ses délires en parlant fort pour que tout le monde entende à m’expliquer comment je dois faire pour passer les douanes à l’arrivée.
 
Je l’interromps en le ramenant à ce que j’attends de lui.
-         Qu’allez-vous faire durant ces heures d’attente ?
-         Que veux-tu que je fasse ? je m’assois sur mon chariot et j’attends.
-         Dans ce cas, gardez ma valise, je vais à Marseille faire une petite course et je reviens. Je vous paie le casse-croûte OK ?
-         Vas-y mon fils, ne t’inquiète pas pour ta valise, je veux un kebab avec de l’harissa.
 
Sachant que la vielle dame ne bougera pas non plus, je lui demandais de jeter un coup d’œil dans le cas ou, le Monsieur ferait une sieste sur son chariot de fortune. Ce qui est à peu près sûr. En guise de chariot, c’est un caddy d’une grande surface qu’il a scié en gardant son plateau à roulette.
 
Ville de Marseille
Le boulevard des Dames est poussiéreux en raison des travaux de la nouvelle ligne du tram. Je pars à la Canebière. J’entre dans un restaurant égyptien, facilement reconnaissable par son enseigne et son décor pharaonique.
Le moment n’est pas au choix culinaire, mais simplement, pour me rassasier et passer le temps plus agréablement.
A cette heure de la journée au restaurant, il n’y pas foule, deux clients sont à table, un au comptoir côté fumeur, sirotant à thé à la menthe.
 
Le patron me présente la carte que je ne lis pas, je lui demande simplement ce qu’il a de plus rapide à préparer. Il me dicte le menu à haute voix, je ne retiens que les derniers plats cités. « Le steak frites » et une « assiette de fruits de mer ». 
Puisque je suis à Marseille, va pour les fruits de mer. J’aurais aimé une bouillabaisse, mais cela me surprendrait que le fils du Pharaon sache la faire.
 
15 :30 h, je retourne au port avec le Kebab à l’harissa pour le gardien de ma valise. L’embarquement n’a pas commencé, le retard du bateau est repoussé à 18 : 00 h, toujours pour des raisons techniques, en revanche les passagers pour Alger sur « l’Île de beauté», sont en cours d’embarquement.
Je cours au guichet dans l’espoir de changer mon billet sur Alger, d’autant plus c’est ma destination initiale. Annaba n’était qu’une simple erreur de l’agence émettrice de mon billet et que je n’ai pas voulu leur poser de problème après tout je suis en vacances découverte. Annaba ou Alger c’est kif-kif.
-         Alger c’est complet me ! dit l’hôtesse.
-         Allez faite un effort, j’en suis sur qu’en cabine il y a des places. J’insiste
-         Si je dis que c’est complet, c’est complet, allez à Annaba, c’est mieux !
Rien à faire, même mon charme et ma sympathie habituels n’on pas donné de résultas. Je me résigne donc à patienter.
 
La salle d’attente se vide, seuls les passagers pour Annaba se trouvent en son sein. On respire mieux.
 
20 : 00 h l’annonce au micro invite enfin les passagers de regagner la salle « Languedoc », pour l’enregistrement des bagages et les formalités du la P.A.F.
 
En raison du retard, les contrôles des passeports sont facilités, seule la carte d’embarquement est récupérée par la police.
 
Malgré la facilité de cette formalité, les voyageurs avec de volumineux bagages, la galère continue. Il leur reste au moins 500 m à parcourir dans d’étroits passages, avant d’atteindre la passerelle du bateau qui est encore plus étroite.
 
Quel spectacle ? À vous dégoûter à jamais de voyager par bateau. Je ne voulais pas y assister, je n’avais qu’une seule envie, monter vite à bord.
 
À BORD
 
La vie à bord est belle, toutes les conditions sont réunies pour vivre agréablement les 22 heures de traversée, y compris les restaurants fournis en viande halal. C’est écrit en arabe et en français (eh oui ! c’est un pays musulman où nous allons et le chiffre d’affaires de la compagnie est réalisé à 95 % par les Arabes). La SNCM a bien compris. Business is business !
 
Les salons biens agencés, équipé de TV à plasma et une salle de spectacle avec un orchestre qui se prête à jouer. Les boutiques duty-free sont ouvertes, mais en revanche le cinéma est fermé.
 
L’accueil est convenable, le personnel de bord très courtois. Je prends possession de la carte magnétique qui sert à ouvrir ma couchette. Elle est déjà occupée par trois personnes, je prends le dernier lit vacant, je pose mon sac à dos et je ressors aussitôt pour monter sur le pont pour assister au départ du navire.
 
21 h 20 min. Enfin, le bateau quitte le port de Marseille en direction de celui d’Annaba. En ce moment précis, je suis envahi par une sensation d’être entre deux mondes, une sensation de liberté comme les oiseaux qui suivent le bateau. J’appréhendais cette nouvelle vie de « célibataire », d’homme libre, ou durant un mois, je ne serai pas tenue par le temps ni par aucune autre obligation. Je regarde ma montre et mon téléphone portable en m’adressant à eux.
-         Pendant 11 mois, je suis votre esclave, me voici maintenant votre maître. Le maître qui va vous oublier. Me voilà libre.
 
Soudain, je pensais à ma famille restée à Grenoble, et je reviens à la réalité. Je me sens culpabilisé et un peu égoïste. J’aurai tant aimé que celle qui partage ma vie soit avec moi.
 
Sur le pont, je regarde Marseille s’éloigner. Dommage, il fait nuit, et seuls quelques incrédules ou solitaires comme moi, y cherchent à s’aventurer avant d’aller dormir. J’avais mon appareil photo, hélas, il faisait trop noir pour prendre des photo.
Je redescends pour aller au restaurant, et là en revanche il y a foule. Une longue file d’attente me précède, ça me coupe l’appétit.
De deux choses l’une, soit je regagne ma chambre le ventre plat, soit je joue la ruse, mais il est hors de question que je fasse la queue avec ces gens serrés comme des sardines.
J’opte pour la ruse, j’ai trop faim. Je remarque que le salon, mitoyen au restaurant, n’est séparé de celui-ci que d’une simple clôture en bois et de quelques plantes vertes. Je n’ai aucune peine à déplacer cet obstacle et me voici en plein milieu du restaurant, mais sans mon repas.
 
Sachant que je me ferais jeté par ceux qui attendent depuis au moins une demie - heure, et certain que le serveur serait à mes services par obligation professionnelle, je fonce directement vers lui en le saluant chaleureusement comme si je le connaissais depuis toujours. Il me salua presque autant, et tout en bavardant avec lui, je lui passe ma commande. Même les clients pensèrent comme le hasard fait bien les choses pour cette rencontre.
Finalement me voici attablé parmi les premiers et je mange avec appétit. Fatigué de cette longue journée d’attente, je regagne ma chambre. Certain de passer une bonne nuit de sommeil je m’endors profondément.
 
Le lendemain, 14 juillet, 9 h, je me réveille. Je prends mon petit déjeuner et je passe la matinée sur le pont à regarder l’horizon tout en cherchant à faire des rencontres. Malheureusement, la majorité des passagers n’a qu’une envie, arriver au plus tôt à Annaba. De toute manière, ils n’avaient rien d’intéressant à me raconter. Je me mis à écrire ces notes, c’est beaucoup mieux.
 
À midi pour ne pas vivre la même aventure que la veille au restaurant, j’ai pris mes précautions pour être parmi les premiers devant la porte d’accès.  Finalement, rien ne presse maintenant. Aussitôt le déjeuner fini, je prends mon café au salon où j’ai suivi la cérémonie officielle du défilé du 14 Juillet (fête nationale française) transmise en direct sur les deux principales chaînes de télévision par satellite
 
Durant la nuit le bateau avait rattrapé son retard de deux heures. I’annonce par haut parleur indique que l’arrivée à Annaba est prévue à 15 :30 h heure locale. Vu le décalage horaire (-1 h GMT), nous gagnons pratiquement 3 heures.
 
En effet à 15h la terre ferme est visible à l’horizon. Peu après, le petit navire-pilote guide notre paquebot à son quai de stationnement. Beaucoup de curieux sont sur le pont pour voir la baie d’Annaba, le soleil est radieux, au pied du grand phare, des pécheurs saluent le bateau.
 
L’équipage informe les passagers que la sortie se fera par les garages comme les voitures. Une chaleur torride, ajoutée aux gaz d’échappement des moteurs, se dégage de ceux-ci. J’hallucine, je crois rêver, la galère recommence. Jamais, dans aucun autre bateau, on n’a fait débarquer les passagers par les garages.
Pourquoi le fait-on dans celui-ci ? Serait-ce pour des raisons techniques qui ont engendré le retard à Marseille ?
Pour éviter d’être étouffé, j’ai mis une serviette mouillée sur mon visage en guise de masque, pour éviter de respirer les gaz toxiques.
 
Toujours est-il que les gens avec leurs volumineux bagages ont encore des obstacles à surmonter sur leur chemin.
Dans quel état arriveront-ils à leur destination finale ? Il est difficile de le décrire ici. Imaginez simplement qu’ils ressemblent à du bétail que l’on transporte. C’est le même spectacle qu’à l’embarquement, avec davantage de difficultés.
Pourquoi ?
Parce que d’une part, les piétons passent par un long couloir, séparé des 800 voitures embarquées, par des filets.
Et d’autre part, il y a des escaliers et un toboggan final pour arriver sur la terre bonnoise. D’ailleurs, ayant connaissance du périple final, les membres de l’équipage qui était vêtu de façon élégante durant la traversée, se sont mis en bleu de travail.
 
Léger avec ma petite valise et mon sac à dos, je n’ai aucun problème à passer devant tout ce monde. La politesse qui me caractérise habituellement, je l’a met de côté, et je force un passage pour sortir parmi les premiers.
 
Les formalités policières et douanières se passent dans de bonnes conditions. L’accueil est formidable. Surtout de la part des femmes douanières, qui tout en faisant les déclarations d’objets de valeurs, discutent avec moi de façon presque familière, à mon grand bonheur. Elles me font vite oublier ce voyage que je qualifie de galère.
 
À l’instar de tous les ports du monde, il y a les porteurs qui cherchent à travailler en accostant les passagers. Parfois ils en obligent gentiment certains à accéder à leur demande. Dehors c’est pareil, les chauffeurs de taxi officiels ou clandestins interceptent ces mêmes pauvres voyageurs.
Une fois sorti de la gare maritime, j’ai appelé Kamel, un ami de Georges que celui-ci m’a recommandé.  Georges est l’auteur du livre « Guerre et guerre d’Algérie ». Il parle d’un maquisard tombé sur le champ d’honneur durant la guerre d’Algérie 1954/1962. Kamel est son fils.
 
Je devais prendre mon avion le soir même pour Alger, mais Kamel, en bon algérien, pratiquant bien l’hospitalité de ce beau pays, refuse catégoriquement que je parte.
Il m’emmène à l’aéroport, mais seulement pour changer ma réservation pour le lendemain.
Nous nous rendons chez lui, ou il me présente son adorable famille. Je prends un bon bain et je change de tenue vestimentaire. Après un bon verre de thé, nous sortons visiter la ville de mon nouvel ami Kamel.
 
Annaba est belle, nous circulons sur le grand littoral avec ses magnifiques plages. Nous arrivons à SERAIDI, une magnifique station balnéaire dotée d’un joli hôtel classé 3*** LE MOUNTAZEH.
Camera au point je n’hésite pas une seconde pour prendre un maximum de vue. Je connaissais Annaba que de transite, mais ce soir elle est a moi grâce à Kamel. Nous redescendons pour voir Annaba by night, la vue d’en haut est magnifique.
 
En ville nous passons par l’APC (mairie d’Annaba) un bâtiment style colonial face à un beau jardin.
20h, vendredi, jour férié en Algérie, il fait clair et encore chaud, les Annabis sont dehors pour profiter des brises d’aire de la journée. En effet, l’atmosphère s’est vite rafraîchie et l’air de la mer est envoûtant.
 
Kamel accompagné de sa gentille fille Nour, poursuit sa course pour me faire visiter un maximum de jolis endroits, mais la nuit tombe et je dois repartir tôt le matin pour Alger, il faut rentrer à la maison.
À 22 h 30 min, nous regagnions la maison pour le dîner. La femme de Kamel, Ingénieur de son état, ceci n’enlève en rien sa qualité de grande cuisinière, nous a concocté un menu de première. Nous avons droit à un potage au poulet et un superbe couscous à l’agneau accompagnés de galettes, fabrication maison, coupées en morceaux. En guise de dessert, nous avons de la pastèque et du melon.
Et pour une bonne digestion, nous finissons bien sûr par du café ou du thé accompagnés par de bons petits gâteaux délicieux.
Le lendemain 15 juillet 2006, je prends congé de mes hôtes avec l’espoir de les revoir bientôt.
À 7h je prends mon avion à destination d’Alger où je suis arrivé après 40 minutes de vol.     
                                       À suivre : Alger la blanche.                                                             Karim KADRI

 

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