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TERRORISTE OU ARTISTE ?

. . .

Quand l’innocence se trouve liée à la culpabilité apparente, lorsque cela nous arrive, on se demande si on vit dans la réalité ou c’est simplement un cauchemar. C’est l’aventure que j’ai vécu malgré moi dans un voyage plein de surprises et de rebondissements entre la Tunisie et l’Algérie ou je suis le centre d’intérêt à chaque instant, jusqu’à mon retour en France, en passant par la suisse. Une aventure que je tenais après réflexion, à la faire partager à nos lecteurs et visiteurs de notre site. Je remercie par avance toutes celles et ceux qui voudront, nous donner des remarques, et pourquoi pas nous faire partager aussi une de leurs histoires.
Voici :
TERRORISTE OU ARTISTE ? 

Vendredi 29 Septembre 1995, ma montre indique 12 h 35, je sors de ma cabine pour rejoindre le pont du bateau « Liberté ».Voici 24 heures que nous avons quitté le port de la Joliette à Marseille en direction de Tunis.
La terre ferme se dessine à l’horizon. La tentation est trop grande, j’emprunte alors les jumelles d’un passager pour me rendre compte avant l’heure que je suis bien à Tunis.
Une sensation de joie m’envahit, à la pensée de me retrouver dans quelques heures à Bizerte entouré de mes amis, que je n’ai pas revus depuis deux ans. La dernière fois, c’était en février 1993 à l’occasion du festival du théâtre expérimental, organisé par le ministère de la culture tunisien au profit du compte de solidarité 26/26. A l’époque j’accompagnais un groupe de comédiens grenoblois en tant que reporter et assistant, pour la présentation de leur pièce « L’anonyme ». Cette représentation à succès populaire, a eu lieu dans les villes de, Médenine, l’île de Jersis et à Tunis intra-muros. L’accueil des autorités tunisiennes fut très chaleureux.

C’est cette image que j’ai gardée de la Tunisie. L’heure avance, le bateau s’approche, la baie se déploie dans toute sa splendeur. Petit à petit, les passagers désertent le pont pour rejoindre leurs cabines et s’apprêtent à quitter le navire, exceptés quelques irréductibles qui ne veulent rien perdre de la vue du port de la Goulette (Halk el-Oued) et voir la manœuvre d’accostage.
Je reste parmi eux malgré l’appel des hauts parleurs qui nous invite à descendre dans les garages pour sortir nos véhicules.

Le Navire s’immobilise enfin, je retourne dans ma cabine, l’équipe de nettoyage est déjà à pied d’œuvre, j’ai juste le temps de prendre possession de mes effets personnels et de descendre aux garages. Peu de véhicules sont encore à l’intérieur. Certains des membres de l’équipage avaient tronqué leur belle tenue vestimentaire par des vulgaires combinaisons de travail. Avec des gestes rapides, ils nous ont fait comprendre qu’il était temps de quitter le bateau. Les klaxons et le grognement des moteurs firent un véritable vacarme, je n’avais qu’une envie, sortir au plus vite voir le soleil.
En suivant la direction indiquée par les agents de police nous sommes arrivés au poste de contrôle des passeports de la police de l’Air et de Frontières. La célèbre P.A.F.
Quatre files de voitures avançaient pare-chocs contre pare-chocs. Évidement je suis parmi les derniers. Les formalités de police durent environs cinq minutes, il fait chaud. À bord du navire le commandant annonçait 31°c à 13H10, dans ma voiture le thermomètre indique 42°c.

Je stoppe le moteur préférant pousser mon véhicule puisque nous avançons très lentement. Je présente mon passeport à l’agent du P.A.F, en disant « Bonjour », il ne répond pas. La fatigue sans doute. Toujours est-il, lorsqu’il tapote sur le clavier de son terminal informatique, il ferme mon passeport, il appelle quelqu’un par téléphone.

Quelques minutes plus tard, deux agents de police en civil arrivent jusqu’à moi
- Monsieur Karim KADRI ?
- Oui !
- Garez votre voiture par ici et veuillez nous suivre.
En garant mon véhicule, je me suis dis : « tiens, ils se rappellent de ma visite artistique en 1993, ils m’accueillent donc chaleureusement». Je stationne ma voiture et je les suit.

En marchant un des passagers que j’ai connus pendant la traversée et avec qui nous avons décidé de faire la route ensemble, m’appelle et me demande de m’attendre à la sortie.
- Non, ne l’attendez pas lui répond un des policiers Monsieur KADRI reste avec nous.
- Quoi ? Rester avec vous ? Mais je n’ai auc...
- Taisez-vous et suivi-nous m’interrompe sèchement l’autre policier.
C’est un comité d’accueil certes, mais pas celui à que je pensais. C’est peut-être grave ? Enfin quoi qu’il en soit je ne vais pas tarder à le savoir.

Nous prenons un escalier qui nous emmène au 3e étage, nous empruntons un long couloir sombre. C’est au dernier bureau à gauche que le comité d’accueil m’attend du pied ferme.
L’agent principal feuillette mon passeport avec assistance et me dit:
- Il remonte à quand, votre dernier voyage en Belgique ?
- Mon voyage en Belgique ? Je n’y avais jamais mis les pieds.
- Si, vous avez bien une librairie islamique à Bruxelles ! Reprend un autre agent.
- Regardez mon passeport si vous trouvez un sceau des autorités Belges.
- Contentez-vous de répondre, cette librairie vous l’avez ouverte quand ?
- Je ne suis pas commerçant, encore moins religieux, alors votre librairie islamique porte peut-être mon nom mais je n’y suis pour rien.
Vous n’avez donc jamais été en Belgique ?
Je le regarde droit dans les yeux, puis je retourne la tête en soupirant.
- Quel est le milieu social que vous fréquentez en France? Reprend le même policier.
- Le milieu culturel. Le théâtre, le cinéma, les sorties et les soirées musicales.
- Les soirées musicales ? Alors vous aimez l’alcool ?
- Il est difficile d’y échapper quand on est de ce monde !
- Et le milieu islamiste, quel rapport avez-vous avec eux ?
- Monsieur, je m’appelle Karim, mon père se prénomme Lamine, par nature j’appartient à l’islam, mes relations avec la religion s’arrêtent là.
- Parfait.
Il s’adresse à un subordonné et lui demande de me faire attendre dans la pièce à côté.

Dans cette pièce, il y avait trois personnes qui de toute évidence étaient en garde à vue. Je m’assois sur un banc un peu à l’écart.
A 17h10, un agent reprend son travail, il tombe littéralement sur son bureau, pousse sa machine à écrire et sort de son sac plastique un morceau de pain farci de je ne sais quoi, mais étant donné que nous sommes en Tunisie, ça ne peut être que de l’harissa.
Tout en mangeant il lisait un journal. Je me trouve face à lui, Je voudrais engager la conversation avec ce dernier.
Bon appétit. Il ne répond pas, plongé dans son journal en s’acharnant sur son casse-croûte. Je pensais qu’il ne m’avait pas entendu. Je réitère donc mon souhait.
- Bon appétit
- Vous ne voyez pas que je travaille !
Oh bon, il travaille ! Avachi sur son bureau, sa tenue vestimentaire laisse à désirer, je comprends que le dialogue entre nous ne peut s’installer, je décide de mettre fin à la conversation.
Vingt minutes plus tard, le commissaire entre dans le bureau et ordonne à trois agents de me conduire à la centrale. (Ministère de l’intérieur)
- Monsieur KADRI, votre affaire ne dépend pas de nous, il est désormais du ressort des agents de l’administration centrale. Nous allons vous y conduire, eux seuls sont habilités à trouver une solution à votre problème.
- Auriez-vous l’obligeance de m’expliquer quel est mon problème ?
- Nous ne savons rien. Ils vous l’expliqueront eux-mêmes.
Nous descendons pour finir les formalités douanières. Je quitte le port, entouré de trois agents de police qui m’emmènent à l’administration centrale. Deux véhicules forment mon escorte et un policier prend place côté passager dans ma voiture.

Il est 20H00 le centre de Tunis est toujours bruyant et lumineux, nous traversons la place du 7 Novembre. Place célèbre avec son horloge au centre. Je ne sais pas pourquoi mais cette place m’a toujours fait penser à la place de la Concorde à Paris. En 1993, je me suis promené en faisant des photographies de cette place. Notre cortège s’engage dans l’avenue Habib Bourguiba sur quelques centaines de mètres, tourne à gauche et emprunte une ruelle pour s’arrêter enfin devant la centrale.
Rien n’indique que le bâtiment est un domaine administratif. De ce côté l’immeuble, pas une enseigne ni un écriteau, seul indices : les barrières qui longent la rue, les panneaux de stationnement interdit et des agents en uniforme.
Un des gardiens déplace une barrière pour nous laisser stationner. Le premier agent de l’escorte, celui qui a gardé mes papiers, montre un dossier au gardien.
- Bureau numéro 35 !
Il me fait entrer le premier par l’imposante porte de la centrale, nous montons l’escalier.
Au bureau n° 35, je trouve deux fonctionnaires, ils regardaient un match de football sur un petit poste de télévision. Connaissant parfaitement la place importante que les Tunisiens réservent au football, j’étais certain qu’ils ne s’occuperaient de mon cas, qu’après le match. C’était tant mieux cela me permis de faire un brin de toilette.
Mes deux gardiens parlent en arabe à leurs collègues :
- Soyez gentils, signez-nous la décharge et laissez nous partir, je travaille depuis ce matin.
La décharge signée, ils repartent aussi rapidement qu’ils sont arrivés.
Un troisième homme en civil fait son entrée. Me voyant seul debout dans le couloir, il me dévisage en se demandant probablement à quelle organisation terroriste j’appartiens ? Il entre dans le bureau voir ses deux collègues qui regardent toujours le match.

Au bout de quelques minutes de conversation à voix basse, il ressort avec une chaise et il m’invite à m’asseoir dans un bureau à côté. Il actionne l’interrupteur, pas de lumière, un peu gêné, mon hôte décide que nous resterons dans le couloir.
- Ici au moins il y a de la lumière, me lance t-il en souriant.
Je m’assois face à une porte portant un écriteau « Hommes » je comprends de suite qu’il s’agit de toilettes. J’entre, enfin un soulagement naturel. Je ressors en m’adressant à mon ange gardien:
- J’aimerai me laver les mains, il n’y a pas d’eau aux toilettes.
- Oh c’est vrai attendez
Il rentre pour ressortir aussitôt
- Maintenant vous pouvez vous laver.
Après ma toilette je m’assois de nouveau sur ma chaise en cherchant vainement quelque chose dans ma poche. Mon gardien pense que je cherche une cigarette, sort vite un paquet et m’en présente une.
- Je vous remercie, je ne fume pas.
- Pardon je croyais.

Cet homme environ 1,80 m habillé d’un costume gris croisé, style prince de Galle, engage une conversation amicale avec moi. Amicale certes, mais dirigée:
- Vous voyagez beaucoup ?
- J’aime voyager, en effet !
- Quels sont les pays que vous avez visités ?
- En Europe, L’Angleterre, l’Italie, la Suisse, l’Espagne etc.
- Etc. c’est à dire la Belgique ?
- Oh non, vous n’allez pas recommencer vous aussi.
- Pardon, je voulais simplement savoir les pays que vous aimez particulièrement visiter ?
- La Tunisie ! Voilà un pays que j’aime bien.
- Vous êtes le bienvenu.
- Merci, mais avec cette histoire de Belgique permettez-moi de penser le contraire.
- Vous connaissez l’administration, il y a un travail à faire, il faut qu’on le fasse.

Pendant que nous parlons, j’entends le commentateur de télévision annoncer la fin du match. J’ai comprends que la fin du match ça voulait dire le début de mon interrogatoire. Mon interlocuteur prend congé pour rejoindre ses deux collègues qui se mettent enfin au travail.
Il passe quinze minutes à leur parler de ma situation. Ils décident de m’appeler et leur première question est pour le moins surprenante:
- Fais-tu la prière ?
Étonné de cette question je réponds de façon philosophique
- La prière est un devoir de la créature à son créateur, vous n’êtes pas le créateur et je ne suis pas votre créature. Que je la fasse ou pas en quoi ça vous regarde ?
- Mais si tu fais la prière ?
Énervé par ses questions, je change de ton et je lui réponds aussi fermement en le tutoyant.
- Dis donc, c’est toi qui m’as appris à la faire ? Tu m’as posé une question je t’en ai répondu.
Un agent lui murmure à l’oreille, il change de ton en redevenant raisonnable et me dit…
- Dans ta voiture, il y a une valise de cassettes audio, tu va nous la chercher nous aimerions les écouter, accompagne-le.
Avec le policier nous descendons chercher la valise. Ils se mettent à écouter rapidement les vingt quatre cassettes. Malheureusement pour eux, ils n’y trouvent que des chansons orientales et de la variété française. Soudain un des agents lance un cri tout fier comme s’il avait trouvé de la drogue :
- Oh chef en voila une c’est écrit : Hadith dini. (Causerie religieuse)
- De quoi parle-t-il ? Écoutons-la.
En guise de propagande islamiste qu’ils pensaient trouver, il y avait sur ma cassette des conseils sur les rapports sexuels selon la religion musulmane, que j’ai enregistrée sur une chaîne de télévision satellitaire.
Il stoppe le magnétophone comme s’il venait de commettre une gaffe et jette un coup d’œil sur mon porte-documents. Il sort une carte de visite.
- Vous faite de la radio ?
- Oui, je suis animateur.
- Vous animez quoi ?
- Une émission culturelle.
- Le contenu de l’émission ?
- Vous avez des exemples types dans les cassettes, regardez celles où est écrit « HORIZON ».
Ils écoutent quelques secondes, ils tombent sur un dialogue avec une auditrice. Un dialogue de ce qu’il y a de plus normal, une dédicace. Ils fouillent encore dans le porte-documents, ils tirent une autre carte.
- Aspect.com, c’est une société ?
- Une association spécialisée dans l’audiovisuel et la production de spectacle.
- Quel genre de spectacle ?
- Maghrébins, et occidental, vous savez la France est multiculturelle.
- Il y a une bouteille de whisky dans votre voiture, on peut la boire ?
Désolé, cette bouteille je devais la partager avec mes amis à Bizerte. A cause de vous mon programme est fortement compromis.
- Nous faisons notre travail ! Alors tu vis de spectacles ?
- En quelque sorte.
- Bien, il est fort possible que nous ne nous soyons trompés de personne, nous cherchons Karim Kadri habitant Bruxelles. Il est possible que ce ne soit pas toi, mais tout ne dépend pas de moi. Ce que je peux faire pour toi c’est de te libérer sans que tu puisses quitter le pays. Le mieux c’est d’aller dans un hôtel passer le week-end et revenir lundi matin. D’ici là, nous aurons de plus amples renseignements te concernant.
- Permettrez-moi de vous dire une chose, Chaque fois que j’ai voulu passer mes vacances en Tunisie je suis resté le temps qu’il m’a fallu et je suis allé où bon me semblait mais cette fois- ci, je ne suis que de passage je vous le rappelle.
Primo, si je suis en Tunisie ce soir c’est pour éviter les problèmes auxquels l’Algérie est confronté. L’insécurité qui règne malheureusement dans notre pays nous oblige de transiter par la Tunisie, car nous sommes beaucoup de personne qui ne cherchons rien d’autre que la paix, et la Tunisie est à nos yeux un pays de paix mais surtout un pays frère. Et nous pensons être en sécurité lorsque nous nous trouvons parmi vous.
Secundo, dans le cas ou je serais cette personne que vous cherchez, pensez-vous que je serais assez ignorant pour venir bêtement me jeter dans la gueule du loup ?
Tertio, Le chef du P.A.F, ne me donne que vingt quatre heures pour quitter le pays. Pour ces raisons, je vous prie messieurs de trouver une solution et laissez-moi partir, car comme vous le constatez je n’en peux plus. J’ai été très coopérant j’ai répondu à toutes vos questions, même les plus indiscrètes, faits votre travail comme vous n’avez cessé de le dire, mais il hors de question, que je passe le week-end en Tunisie!

Quelques secondes de réflexion, mon interlocuteur décide de me faire sortir du bureau. Isolé dans le couloir, épuisé, mon moral est au plus bas.
En vingt huit ans de vie en France, je n’ai jamais subi un interrogatoire et je n’ai pas été en garde à vue. Ce n’est pas en Tunisie que je vais commencer. Cette histoire a assez duré, je suis fatigué mais assez fort pour provoquer un incident diplomatique. Si l’Algérie me cherche, c’est également l’Algérie qui me protégera. Quant à ces individus qui prétendent faire leur travail en cherchant un terroriste, ils l’auront.

Pendant que je réfléchissais un quatrième personnage fait son entrée. D’un pas décidé, il s’arrête une seconde devant moi, Comme ses prédécesseurs, il me mitraille de son regard, puis il entre dans le bureau, il s’adresse à ses collègues:
- Tu disais qu’il n’a rien de celui que nous cherchons ?
- Non, rien.
- Pas de documents, pas de livres ? Appelle-le !

Et me revoilà prêt à subir les mêmes questions

- Vous dites que vous êtes producteur de spectacles en France ?
- J’ai dit que je suis Animateur.
- Connaissez-vous quelques artistes tunisiens ?
- Parfaitement, un comédien nommé Raouf. Raouf BENYAGHLANE
- Raouf BENYAGHLANE ? Comédien de théâtre, c’est une star en Tunisie.
- Avez-vous vu sa pièce l’Anonyme?
- Bien sûr, il a joué à la télévision.
- Cette pièce, je l’ai coécrites avec lui. Elle est née à Grenoble où elle eu un grand succès.
- Oh merveilleux. Vous avez une copie de cette pièce ?
- J’aurais aimé l’avoir sur moi, elle m’aurait évité tous ces désagréments, mais je vous rappelle que je ne suis que de passage et que c’est en Algérie qu’on m’attend.

- Nous cherchons Karim LE TERRORISTE nous trouvons Karim L’ARTISTE, nous regrettons de cette méprise. Cependant il faut que vous sachiez que nous sommes là pour appliquer la loi. Il faut dire que vous les Algériens vous n’êtes pas raisonnables, Nous ne sommes pas tranquille avec vous. Vous savez, l’Algérie bouge et voilà que la méditerranée s’agite. Dans tous les cas je vous souhaite la bienvenue chez nous monsieur Karim KADRI.

Il demande à un de ses subordonnés de faire un rapport écrit et de l’envoyer à tous les postes du P.A.F. pour qu’ils ne m’arrêtent plus à la frontière.
- Il est tard et vous êtes fatigué, nous allons vous accompagner à l’hôtel, l’hôtel de votre choix Monsieur Karim.

En 1993 j’ai séjourné à Tunis international, c’était bien, mais, on m’a parlé de l’Oriental hôtel. Pourquoi pas ? Allons-y pour l’Oriental hôtel.

Il est 2 H15, je quitte la centrale, toujours accompagné d’un policier mais cette fois avec plus de déférences pour l’oriental hôtel.
A l’arrivée l’agent accompagnateur se précipite vers la réception et revient en courant avec un porteur.
- C’est pour les bagages, me dit-il
- Non c’est bon, laissez-les dans la voiture, je prends simplement une petite valise où se trouvent mes vêtements de rechange et le sac de toilette.
- Comme il vous plaira Monsieur.

A la réception, je commence à remplir la fiche de renseignements, le réceptionniste m’arrête à mi-chemin :
- Donner-lui simplement votre passeport, vous êtes notre invité.
- Le votre ou celui de la centrale ? On risque plus de me confondre (rire)
- Pardon monsieur..,
- Ne faites pas attention, je plaisante.

Pendant ce temps, un employé me présente un verre de jus de fruit, signe de bienvenue, d’une seule gorgée je le vide. Qu’est ce que j’avais soif !
- Veuillez-me Suivre, je vous accompagne à votre chambre, me dit l’employé.

Enfin un lit confortable ! Avec la fatigue j’ai peur de m’allonger et de m’endormir. J’ai préféré prendre tout d’abord un bon bain. J’ai changé de vêtements et je suis allé au restaurant. Évidement à 3 H 00 passées, le restaurant est fermé. Le réceptionniste ayant peut-être été informé de mon histoire par l’agent de police est aux petits soins pour moi.

- Vous avez faim n’est ce pas ? Remontez dans votre chambre, je vous apporte quelque chose.

C’est vrai, quelques instant plus tard, il frappe à ma porte et me porte un repas préparé à la hâte mais ô combien appétissant. J’ai mangé comme quelqu’un qui avait faim, très faim.
Je me suis à peine déshabillé que je suis tombé dans un profond sommeil, je ne me suis réveillé qu’à 9 H 50. Dans la salle de bains, je me suis rincé à l’eau froide, pour mieux me réveiller.
Me voila tout frais pour attaquer une nouvelle journée et surtout les 600 Kms de route qui me restait à faire jusqu’à la frontière algérienne en passant par le Sud.

Sur la route je n’ai rencontré aucun problème notable, excepter les quelques barrages de sécurité routière qui cherchent plutôt à arrondir leur fin du mois que sanctionner les infractions routières commises par les automobilistes.

PENDANT LA TRAVERSEE
MARSEILLE - TUNIS


Six heures plus tard, j’arrive à la frontière. Il n’y a que quelques usagés habituels Algéro-Tunisiens, les formalités des douanes sont très rapides juste un peut de fouille dans le véhicule et le contrôle de la liste répertoriée à l’entrée. Me voici sur le territoire algérien, juste quelques kilomètres me séparent des douanes algériennes. Je suis heureux, je regarde autour de moi, je suis dans un océan de sable, je descends de la voiture, j’ouvre grand mes bras comme pour accueillir quelqu’un de bien aimé et je crie au risque de me casser la voix en disant « Bonjour mon Algérie, je suis là, j’arriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiive.

Dans mon euphorie, je roule à 140 Km/h, j’ai une seule envie, être en territoire algérien. A la frontière, une longue queue de voitures en stationnement sur le bas côté de la route, alors que la voie est libre, je continue à rouler quand soudain un militaire très menaçant avec son arme, me barre la route. Pendant que ce dernier me tient au respect, un autre vient me voir.
- Où vas-tu ?
- Je vais en Algérie.
- Marche arrière et fais la queue comme tout le monde.
- Mais il n’y a personne !
- Si tu veux mourir vas-y, passe. Si non, retourne et attends ton tour.
Bon Dieu, mais c’est quoi ce voyage ? Enfin au point où j’en suis ? 
Je retourne faire la queue, en me demandant depuis combien de temps ces gens sont là ?
Finalement après environs trois heures d’attente, mon tour arrive enfin. Les formalités de la P.A.F sont vite expédiées, mais la douane c’est autre chose.
Le fait que j’arrive de France via la Tunisie avec une voiture sans porte bagages sur le toit, cela ne paraît pas normal aux yeux des douaniers. Alors ils décident de rentrer le véhicule au garage pour une fouille plus approfondie. Cette fouille dure quarante cinq minutes, ils ne trouvent rien d’illicite. La voiture que je conduis doit rester en Algérie, je l’ai achetée pour un ami. Les douaniers me demandent de présenter ma carte d’immatriculation consulaire, seule preuve qui atteste que je n’ai jamais vendu de véhicule en Algérie. Après vérification, ils me laissent enfin entrer au pays.
Une semaine plut tard, je me trouvais à Ouargla, capital du sud de l’Algérie, j’avais un rendez-vous avec la radio régionale pour participer à une émission sur la vie des immigrés en France.
L’accueil fut chaleureux et l’émission en direct s’est bien passée. À l’extérieur j’ai pris une photo souvenir du bâtiment et j’ai poursuivi ma route à pied. Peu après un fourgon de police s’arrêta à mon niveau et m’invite de monter. Ils me ramènent à la station de la radio. J’ai appréhendé ce qui m’attend. Au poste de garde les policiers m’interrogent :
- Qu’avez-vous fait tout à l’heure ?
- J’ai participé à une émission de radio, le gardien à gardé ma carte d’identité.
- Oui mais après que vous êtes sorti ?
- Je rentrais à la maison, vous m’avez vu, je marchais.
- Vous avez pris des photos !
- Oh oui c’est exact, je voulais garder un souvenir du bâtiment.
- Qui vous a autorisé ?
- Personne, faut-il avoir une autorisation ?
- C’est un bâtiment stratégique donc les photos sont interdites. Vous allez nous donner la pellicule pour la détruire. Et on va vous pénaliser.
Ce n’est pas vrai, je dois rêver ce n’est pas possible.
- Messieurs, sur ma pellicule il y a d’autres photos qui sont aussi chères que le bâtiment de la radio, il y a ma famille, vous ne pensez pas qu’il y a un autre moyen que de détruire toute la pellicule. Tenez développez-la à mes frais, je vous donne la photo incriminée et d’autres si vous jugez nécessaire, mais de grâce laissez-moi mon souvenir, je ne suis qu’un simple touriste.

Le chef accepte ma proposition à condition de me garder en otage durant le temps du développement. Il est 11 H00, deux agents portent ma pellicule au labo, ils reviennent vint minutes plus tard, pour nous dire que les photos ne seront prêtes qu’à 17 heures. Je suis donc resté en garde à vue jusqu’à cette heure. Pendant ce temps je suis resté avec un geôlier qui ne se souciait pas si j’avais mangé car j’avais faim et soif, il s’occupait plutôt de m’interroger, il n’était pas ici pour l’interrogatoire mais il en profitait.
- Pourquoi tu prends des photos ?
- Pour le souvenir pardi !
- La photo, c’est ton travail en France ?
- Non, je suis simplement passionné.
Il ouvre mon portefeuilles contrôle mes cartes et sort ma carte d’animateur de radio
C’est quoi cette carte ?
-Je travaille dans une radio privée, je suis animateur, c’est comme ici chacun a une carte, une sorte de laissez-passer.
- Un laissez-passer, alors comme ça, Monsieur est journaliste ? Tu nous as caché cela.
- Pas du tout, je suis animateur, cela ne veut pas dire forcement journaliste, et même si j’en suis un, je donne une bonne image de l’Algérie dans mon émission que celle qu’on donne chez d’autres médias
Il sort son arme de son étui, la pose sur la table face à moi et me dit :
- On dira que tu es un journaliste étranger qui fait de la propagande sur le terrorisme en Algérie. C’est comme si je tuais une mouche, même ta mère ne pourrait pas pleurer sur ton sort.

A ce moment j’ai cru que ma dernière heure était arrivée, j’ai dû perdre au moins 5 kg en peu de temps. Je ne disais rien, je transpirais de l’intérieur et je lui regardais droit dans les yeux. Mourir pour mourir, autant mourir debout. Finalement je décide de parler en lui disant :
- Cette carte, en France m’a ouvert toutes les portes et probablement dans d’autres pays qui savent qu’on règle ne pas les problème en se taisant ou pratiquant la politique de l’autruche, mais au contraire, il faut parler, je ne dépends de personne, j’anime mes émissions comme bon me semble, je parle beaucoup de l’Algérie, car l’Algérie crée l’événement, mais toujours je présente une image positive et agréable du pays, je suis investi de la charge d’un ambassadeur, et je connais beaucoup d’Algériens qui comme moi, souffrent autant que vous de la crise que l’Algérie vit.
- Tu ne sais pas que c’est interdit de prendre des photos ?
- Non, et même si j’avais de mauvaises intentions, je n’aurais pas photographié le bâtiment aux yeux de tout le monde. D’ailleurs si j’étais terroriste, pensez-vous que le directeur de la station m’accueillerait et partagerait avec moi le café de bienvenue ?
- Nous allons voir je l’appelle.
Par téléphone il fait venir le directeur. Il est surpris de me voir dans ce poste de garde où ma position est loin d’être agréable.
Le militaire lui explique brièvement mon histoire en lui faisant comprendre que ce n’est plus son affaire, mais c’est l’affaire de l’armée.
Il prend malgré tout ma défense en lui demandant de me laisser partir avec lui dans son bureau et m’invite à manger. Le militaire accepte, mais il me confisque tous mes papiers.

J’accompagne le Directeur à son bureau, il me fait quelques remontrances au sujet des photos me dit que l’armée est sur le guet, qu’il est désolé de cet incident et que je ne dois pas me faire de souci.
Il m’apporte un peu à manger et pour passer le reste du temps jusqu’à 17 heures, il organise en mon honneur une visite improvisée de toute la Maison de la radio et la télévision régionale d’Ouargla située à Rouissat, mitoyenne à l’hôtel El-Boustene (El-Boustene, veut dire joli jardin à l’intérieur duquel l’hôtel est édifié).
Cette visite m’a remonté le moral et m’a enchante à la fois. Le temps est vite passé. A 17 H10 le directeur téléphone au poste de garde pour savoir si les photos son arrivées. En effet elles sont là. Nous partons pour les récupérer. Étaient là, le chef j’ignore son grade, les quatre du fourgon, mon gardien et deux autre hommes en civils. Ils regardent mes photos. Ils les commentent.
En me voyant, le chef ramasse les épreuves, prend celle du bâtiment, cherche les négatifs, coupe celui de la photo défendue me donne le paquet en disant :
- Ça vous coûte 70 Dinars et quand vous souhaitez faire des photos, il faut demander une autorisation. La prochaine fois soyez plus prudent, on n’est pas toujours aussi gentils.
Je prends mes photos sans oublier de les payer, je récupère mes papiers et je sors en vitesse.

Je passe une nuit à Ouargla, le lendemain je remonte vers le nord à 300 Kms où je passe quelques jours de repos dans mon village natal. Un petit village noyé dans une palmeraie à 120 Kms au sud de Biskra, un petit havre de paix.
LE SUD DE L'ALGERIE, UN VERITABLE HAVRE DE PAIX

A la fin de mes vacances, je devais regagner la France via Alger. Je décide de prendre le vol Biskra-Alger, deux jours avant mon départ pour la France, mais un cousin m’a convaincu de prendre le vol Hassi Messaoud-Alger, que 24 heures avant celui d’Alger Lyon. Il se charge de me réserver une place sur ce vol. Nostalgique de quitter mon village natal et confiant, je suis resté.
Le jour J, je me présente devant chez lui, il n’est pas à la maison et un de ses enfants m’apprend que le vol Hassi Messaoud est annulé et il ne me reste plus que prendre celui de Ouargla-Alger si je veux partir en France le lendemain.
Un ami se rendant à Ouargla me propose de m’accompagner directement à l’aéroport à 160 Kms de là. En 1H30 de route je peux prendre ce vol.
Nous arrivons à l’aéroport deux heures avant le départ du vol. Je me présente au guichet de vente de billets. Le préposé m’informe que le vol est complet, et me propose de m’inscrire sur la liste d’attente.
Je croise les doigts en priant le bon Dieu de me trouver une place, dans ce vol. Je suis le premier à être inscrit sur la liste et j’attends. A trente minutes du départ, le préposé m’invite enfin à acheter mon billet et à enregistrer mes bagages. Me voila enfin rassuré pour partir.
A Alger je passe la nuit chez un cousin qui m’emmènera le lendemain à l’aéroport Houari Boumediene. Je passe une belle soirée algéroise, mais comme le vol Alger-Lyon est à 8H30 avec présentation une heure avant, je me suis mis au lit assez tôt. 


ALGER, RIAD EL-FETH et LE MUSEE DU MOUDJAHID


A SUIVRE, AVENTURE A L'AEROPORT (H.B INTERNATIONAL AEROPORT.

 

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